Socialisme et écologie

(Turc / Türk)

Les catastrophes environnementales sont aujourd’hui bien établies, scientifiquement bien documentées et régulièrement abordées dans les médias. Pourtant leur aggravation est constante et aucune amélioration ne pointe à l’horizon. Je vais ici essayer d’expliquer que la lutte contre les désastres écologiques est indissociable de celui pour le renversement du capitalisme. Faisons d’abord un état des lieux.

Sur la biodiversité

Selon le rapport de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité du 6 mai 2019, 1 million d’espèces animales et végétales sont menacées de disparition à brève échéance, sur 8,1 millions d’espèces connues. Soit un taux d’extinction de 10 fois à 100 fois supérieur à celles en moyenne des 10 derniers millions d’années.

Plus de 40 % des espèces d’amphibiens, près de 33 % des récifs coralliens et plus d’un tiers de tous les mammifères marins sont menacés. Pour les insectes, une estimation provisoire estime à 10 % le nombre d’espèces menacées.

En effet, les deux tiers du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine, un tiers des terres et 75 % des ressources en eau douce sont destinées à l’agriculture. La dégradation des sols a réduit de 23 % la productivité de l’ensemble de la surface terrestre mondiale.

La pollution plastique a été multipliée par 10 depuis 1980 et elle pourrait quadrupler d’ici 2050.

En se basant sur des chiffres de 2015, 33 % des stocks de poissons ont été exploités au-delà du seuil de durabilité, 60 % au niveau maximum de durabilité et 7 % à un niveau inférieur.

Les causes de cette perte de biodiversité sont, dans l’ordre d’importance : la destruction et/ou la fragmentation des milieux naturels pour 30 %, la surexploitation des ressources pour 23 %, le changement climatique pour 14 % et les pollutions pour 14 %, les espèces invasives pour 11 %. Mais la part du réchauffement climatique va augmenter ne serait-ce que par la hausse des incendies qui détruisent les habitats de nombreuses espèces.

Le changement climatique a déjà un impact sur la nature, depuis le niveau des écosystèmes jusqu’à celui de la diversité génétique – impact qui devrait augmenter au cours des décennies à venir et, dans certains cas, surpasser l’impact dû au changement d’usage des terres et de la mer et des autres facteurs de pression. (Programme pour l’environnement, ONU, 2019)

Sur le réchauffement climatique

Ce réchauffement global est dû à l’augmentation de l’effet de serre, lui-même causé par la hausse de certains gaz dans l’atmosphère (CO2, méthane, protoxyde d’azote, vapeur d’eau).

Le sol qui absorbe une partie du rayonnement solaire s’échauffe, comme tout corps chaud, il émet un rayonnement infrarouge. C’est ce rayonnement infrarouge que l’effet de serre va renvoyer en partie vers le sol. Une plus forte concentration de ces gaz dans l’atmosphère induit une plus grande partie de cette réémission vers le sol et donc un réchauffement plus important.

Ce changement climatique capte souvent l’essentiel des craintes écologiques parce qu’il est en constante progression et qu’il est inertiel. En effet, un certain nombre de ses conséquences ne sont pas encore totalement visibles, l’océan ou le pergélisol par exemple dispose d’une inertie thermique qui décale certains effets du réchauffement. Mais cette inertie a des effets également dans l’autre sens, si l’ensemble des émissions de CO2 humaines cessait aujourd’hui, il faudrait des décennies pour que s’arrête le réchauffement climatique, la fonte des calottes glaciaires et donc l’élévation du niveau de la mer continuerait jusqu’à la fin du siècle.

L’impact humain sur l’effet de serre est connu depuis longtemps puisqu’un savant suédois Arrhenius publiait déjà en 1896 De l’influence de l’acide carbonique dans l’air sur la température au sol. Toutefois celui-ci ne percevait pas encore un danger de la hausse induite des températures. Durant les années 70-80 les scientifiques ont acquis la certitude du réchauffement climatique et de son effet délétère, on peut estimer qu’au plus tard à la fin des années 80 le consensus scientifique sur la question était acquis.

Les causes de ce réchauffement climatiques sont établies scientifiquement, la hausse depuis l’ère industrielle des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Parmi ces gaz, le CO2 représente 64 % du réchauffement du climat, le méthane environ 25 %, 7% pour le protoxyde d’azote. En 1958 la concentration de Co2 dans l’atmosphère était de 310 PPM (Partie par million), en 2024 elle s’établissait à 425 PPM avec là aussi une accélération.

Cette hausse des émissions est elle-même due à plusieurs facteurs, la déforestation (combustion du bois et oxydation des sols), la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), l’élevage (transport, déforestation, fermentations gastriques émettrices de méthane), la diminution des puits de carbone (déforestation, incendie, acidification des océans par absorption du CO2), fabrication du ciment (calcination du calcaire émettrice de CO2), les fuites de méthane dans l’extraction et le transport du pétrole et du gaz.

Evolution constatée des émissions mondiales du seul CO2 de 1860 à 2012, en millions de tonnes. (Jancovici, 2013)

Le niveau des océans a augmenté en moyenne de 1,2 mm par an durant le 20e siècle, dorénavant la hausse est plus proche des 4 mm annuelle, il y a donc bien une accélération. L’océan qui capte 90% de la hausse calorifique lié aux activités humaines se dilate comme tout corps chauffé. La moitié de la hausse du niveau des océans est causée par la fonte des glaces, 40% par sa dilatation thermique sous l’effet de la chaleur, 10% par la modification des réservoirs d’eau sur terre (en surface ou en souterrain).

Le réchauffement climatique actuel n’est pas linéaire, c’est-à-dire que sa progression ne suit pas un rythme régulier, certains éléments peuvent emballer et amplifier le phénomène. C’est le cas de la fonte des calottes glaciaires, de la banquise ou de la diminution des surfaces enneigées, en disparaissant, ces surfaces blanches vont augmenter les surfaces absorbant la chaleur, amplifiant à son tour la fonte des glaces. Même chose, pour la fonte du pergélisol (ou permafrost), cette couche de terre ou de roche glacée et dont le dégel libère du CO2 et surtout du méthane (qui, à quantité équivalente, contribue de 20 à 80 fois plus à l’effet de serre que le CO2). Une troisième boucle de rétroaction accélérant le réchauffement est l’augmentation de la vapeur d’eau, liée à des températures plus élevées, qui va à son tour accroitre l’effet de serre.

Mais un réchauffement de quelques degrés, est-ce si grave ? Il y a 20 000 ans durant la dernière ère glaciaire, la température moyenne était inférieure de 5 degrés par rapport à maintenant, la région du globe qui recouvre le Canada, l’Islande ou la Scandinavie était entièrement recouverte de glace sur des épaisseurs de plusieurs kilomètres. Les Alpes formaient une calotte glaciaire dont les glaciers s’étendaient jusqu’à Lyon. La taille de la banquise était telle que le niveau des océans était 130 mètres plus bas qu’aujourd’hui, on pouvait donc relier la France à l’Angleterre à pied car la Manche n’existait pas. En termes de météorologie une différence local de quelques degrés compte peu, en termes de climat en revanche l’impact est énorme.

En 2015, les Etats capitalistes et les écologistes bourgeois fanfaronnaient sur un accord « historique » censé contenir le réchauffement mondial à horizon 2100 à un maximum de 2 degrés par rapport à l’ère préindustrielle. Dix ans plus tard, l’ONU table sur un réchauffement à 2,8 degrés et ces estimations ne font qu’augmenter. En fait l’augmentation de 1,5 degré a déjà été dépassée, en 2024 la hausse était de 1,52 degré dont 1,36 degré lié à l’activité humaine. Un réchauffement climatique catastrophique de 5 degrés à la fin du siècle n’est plus à exclure, et les pires prévisions dépassent dorénavant les 7 degrés.

Est-ce inédit ?

Il y a 2 à 2,4 milliards d’années a eu lieu la grande oxydation. Avant cette période la majorité des organismes vivants étaient anaérobies, en majorité des cyanobactéries. Ces organismes marins pratiquaient la photosynthèse et par cela émettaient du dioxygène dans l’atmosphère, pendant tout un temps ce dioxygène était capté par réaction principalement par des métaux comme le fer dans des « puits d’oxygène » mais lorsque ces puits sont arrivés à saturation, l’oxygène libre s’est trouvé être un poison pour les organismes anaérobie majoritaire qui furent massivement supplantés par des organismes aérobies dont nous sommes issus. C’est surement la première crise écologique majeure de la planète. Nous ne sommes donc pas la première espèce à modifier notre environnement, ni à le rendre dangereux pour nous, mais nous sommes la seule à en être conscient.

Les impacts

Les impacts de ce changement climatique sur la population humaine se font déjà sentir puisque 1,1 milliard de personnes sont exposées à des chaleurs extrêmes (30 jours par an au-dessus de 35°), à la pollution, à des inondations ou à des sècheresses selon le Programme des Nations unies pour le développement (2025). Les populations les plus pauvres sont les plus touchées puisqu’elle représente 80 % de ce nombre (887 millions de personnes).

La montée des eaux et la perturbation du cycle de l’eau ont un impact négatif sur l’agriculture, les populations non autosuffisantes en production agricole vont augmenter et le capitalisme ne pourra pas le gérer. Le réchauffement climatique a également des impacts sanitaires, la hausse des températures favorise la prolifération de bactéries pathogènes et permet aux maladies tropicales de se déplacer vers le nord. Ces effets vont s’accroitre dans les prochaines décennies.

La fonte des glaces entraine une élévation d’un niveau des océans menaçant une partie de l’humanité. Selon un rapport du GIEC de 2024, cette élévation devrait s’établir entre 29 et 110 cm à la fin du siècle, et pourrait dépasser les 5 mètres d’ici à 2300. Dans ce contexte plus d’un milliard de personnes pourraient être impactées par la montée des eaux.

Des causes humaines ou sociales ?

On entend souvent parler de causes anthropiques, ou d’« activités humaines », c’est une manière efficace de diluer les responsabilités. Le capitalisme est un système productif dans lequel, les capitalistes seuls décident de la nature des marchandises produites, selon quels procédés et en exploitant quelles ressources. Il est fallacieux dans ce contexte de faire porter la responsabilité des méfaits du capitalisme à l’ensemble de l’humanité alors même que seule la minorité exploiteuse dirige.

Emissions de CO2 d’origine fossile en milliards de tonnes (Gt) de carbone, Global Carbon Project (2023)

La notion même d’anthropocène sert à couvrir la responsabilité des bourgeoisies mondiales dans le massacre environnemental actuel. En ce sens certains parlent de capitalocène et se rapproche de la vérité. Il y a plus de 150 ans maintenant Marx et Engels analysait déjà les méfaits environnementaux engendrés par le capitalisme.

En outre, chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol; chaque progrès dans l’art d’accroitre sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. Plus un pays, les Etats-Unis du nord de l’Amérique, par exemple, se développe sur la base de la grande industrie, plus ce procès de destruction s’accomplit rapidement [3]. La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : La terre et le travailleur. (Karl Marx, Le Capital, livre premier, section IV, chapitre XV, 1867)

Engels notait que le développement des connaissances scientifiques de l’humanité améliorait l’anticipation des conséquences des activités humaines.

Et en fait, nous apprenons chaque jour à comprendre plus correctement ces lois et à connaitre les conséquences plus proches ou plus lointaines de nos interventions dans le cours normal des choses de la nature. Surtout depuis les énormes progrès des sciences de la nature au cours de ce siècle, nous sommes de plus en plus à même de connaitre les conséquences naturelles lointaines, tout au moins de nos actions les plus courantes dans le domaine de la production, et, par suite, d’apprendre à les maitriser. Mais plus il en sera ainsi, plus les hommes non seulement sentiront, mais sauront à nouveau qu’ils ne font qu’un avec la nature. (Friedrich Engels, Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme, 1876)

Mais quelle que soit la précision de cette connaissance elle ne sera jamais prise en compte dans le système de production capitaliste car contradictoire avec la recherche de profit d’une minorité en concurrence.

Aucune solution sous le capitalisme

Peut-on compter sur le capitalisme pour régler le problème ? Comme je l’ai dit plus tôt, le consensus scientifique était acquis avant la fin des années 80, le GIEC a été fondé en 1988. On peut donc conclure que les Etats capitalistes sont au courant depuis au moins 38 ans. Le protocole de Kyoto a été signé en 1997 et les signataires s’engageaient à diminuer leurs émissions. L’accord de Paris sur le climat (appelé COP21) se fixait pour objectif de maintenir le réchauffement climatique en-dessous de 2 degrés et de préférence sous 1,5 degré à la fin du siècle. Dix ans plus tard ce vœu pieux est déjà dépassé. Les émissions de GES continuent de croitre, la consommation de combustibles fossiles, la déforestation, la pollution plastique continuent d’augmenter également. Donc près de 40 ans après avoir pris connaissance du problème, 30 ans après avoir promis de prendre des mesures et 10 après avoir chiffré un objectif, aucune promesse n’a été tenue.

Selon les douanes pour l’année 2021, la France a exporté 800 000 tonnes de déchets dont 80% hors de l’Union européenne. Chaque capitaliste de la chaine souhaite faire un profit aussi les déchets terminent par sous-traitances successives et de moins en moins chères soit incinérés, soit dans des décharges à ciel ouvert sans aucune sécurité pour les populations locales. Seule une société débarrassée de la recherche du profit pourrait prendre en charge le traitement de ces déchets dans des conditions optimums de recyclage et de sauvegarde de la santé des populations et de la planète.

Même chose pour le traitement des déchets nucléaires, nous savons qu’il est possible de traiter les déchets nucléaires en transmutant les matières radioactives par laser, travaux notamment récompensés par le prix Nobel de physique 2018, mais faute de rentabilité immédiate il y a peu de chances de voir un capitaliste investir pour développer les capacités industrielles nécessaires.

Les écologistes bourgeois présentent régulièrement la résorption du trou de la couche d’ozone comme exemple de la possibilité de régler des problèmes climatiques sous le capitalisme mais c’est oublier un peu vite que les Hydrochlorofluorocarbures (HCFC) ont pu être remplacés par des Hydrofluorocarbure (HFC) sans menacer les profits capitalistes, une telle solution n’est pas envisageable pour les défis environnementaux actuels. Ils n’existent pas d’énergie aussi concentrée que les combustibles fossiles exploitables sans cout supplémentaire, même chose pour les plastiques. Chaque lutte contre les catastrophes écologiques se heurte au profit immédiat du capital.

Le mode de production capitaliste

Le capitalisme semble donc incapable de régler le moindre problème environnemental. Est-ce étonnant ?

Analysons le fonctionnement du capitalisme. Prenons un échange de marchandises produites indépendamment par deux producteurs.

Marchandise 1 / Marchandise 2

Dans ce troc, c’est bien la valeur d’usage qui est motrice, car le producteur 1 souhaite obtenir la marchandise 2 tout comme le producteur 2 souhaite obtenir la marchandise 1. Mais cette forme d’échange n’existe pas sous le capitalisme, ou à la marge. En réalité, les deux parties vont utiliser une valeur d’échange commune dans laquelle ils vont pouvoir quantifier les valeurs respectives de chaque marchandise. Cette valeur d’échange c’est la quantité de travail nécessaire à leur production (quantité de travail moyenne socialement nécessaire dans des conditions déterminées). Ils vont donc utiliser un intermédiaire comme équivalent général de la valeur d’échange et cet équivalent c’est l’argent. Pour cela l’argent doit lui aussi avoir une valeur d’échange et donc une quantité de travail nécessaire à sa production.

Marchandise 1 / Argent / Marchandise 2

Mais dans cette forme-ci c’est encore la valeur d’usage qui est motrice. Si vous n’êtes pas capitaliste, c’est cette forme d’échange que vous utilisez au quotidien, vous vendez votre force de travail à un employeur contre de l’argent afin de vous procurer des marchandises nécessaires à votre vie (nourriture, logement, vêtement, loisir), vous recherchez donc la valeur d’usage de la marchandise 2.

Mais cet échange permet de comprendre que l’argent puisse s’accumuler, et devenir un capital qui s’investit. Dès lors l’argent devient non plus l’intermédiaire mais le point de départ et le point d’arrivée du cycle de production. C’est à cette étape que nous entrons dans le capitalisme.

Argent / Marchandise / Argent’ avec Argent’ = Argent + plus-value

C’est donc la valeur d’échange qui devient cette fois déterminante et non plus la valeur d’usage. Sous le capitalisme, la finalité de la production n’est pas l’utilité individuelle ou sociale (valeur d’usage) mais le grossissement d’un capital privé. Vu que le capital grossit à chaque réalisation de ce cycle, il faut même que la valeur d’usage dure le moins longtemps possible pour accroitre le nombre de cycles. La concurrence oblige le capitaliste à accroitre son capital pour éviter d’être écrasé par ses concurrents. Aussi les capitalistes font tout pour augmenter la production et accélérer le cycle de production, notamment par la publicité ou ce que l’on nomme à présent l’obsolescence programmée. Ce qui n’est pas, là non plus, une nouveauté.

Dans nos départements lainiers, on effiloche les chiffons souillés et à demi pourris, on en fait des draps dits de renaissance, qui durent ce que durent les promesses électorales ; à Lyon, au lieu de laisser à la fibre soyeuse sa simplicité et sa souplesse naturelle, on la surcharge de sels minéraux qui, en lui ajoutant du poids, la rendent friable et de peu d’usage. Tous nos produits sont adultérés pour en faciliter l’écoulement et en abréger l’existence. Notre époque sera appelée l’âge de la falsification, comme les premières époques de l’humanité ont reçu les noms d’âge de pierre, d’âge de bronze, du caractère de leur production. (Paul Lafargue, Le droit à la paresse, 1883)

Aussi contrairement aux croyances petites bourgeoises des écologistes, ce n’est pas la déraison du consommateur qui est la cause de l’anarchie dans la production, du gaspillage ou de la surproduction, mais bien le fonctionnement même du capitalisme. Les capitalistes n’ont d’autre choix que d’accroitre leur capital en accélérant le cycle de production et se concentrent pour cela sur la valeur d’échange sans prise en compte de l’utilité ou de l’impact de telle ou telle production.

Dans l’histoire des modes de production, aucune classe n’a exploité, n’a détruit le cadre de vie de la majorité de l’humanité aussi brutalement que la bourgeoisie. (Karl Marx, Lettre à Engels, 25 mars 1868)

Le capitalisme ne considère et ne peut considérer que la valeur d’échange d’une marchandise, celle qui déterminera le prix de vente de cette marchandise sur le marché et qui fixera donc le profit que le capitaliste peut réaliser selon ses couts de production. Aucun capitaliste ne produit pour répondre à un besoin social, aucun ne produit pour satisfaire l’humanité. Tous produisent pour acquérir du profit par l’intermédiaire de la vente. Tant que cette vente se réalise peu leur importe l’utilité sociale ou les dangers de la marchandise. La valeur d’usage n’entre pas en considération dans un système capitaliste, or c’est cette valeur d’usage seule qui prend en compte les impacts de la production d’une marchandise sur la société et son environnement. Le capitalisme, c’est-à-dire la propriété privée ne peut en aucun cas prendre ces impacts en considération.

C’est le mode de production capitaliste régnant actuellement en Europe occidentale qui réalise le plus complètement cette fin. Les capitalistes individuels qui dominent la production et l’échange ne peuvent se soucier que de l’effet utile le plus immédiat de leur action. Et même cet effet utile, – dans la mesure où il s’agit de l’usage de l’article produit ou échangé, – passe entièrement au second plan ; le profit réalisé par la vente devient le seul moteur. […] Pourvu que individuellement le fabricant ou le négociant vende la marchandise produite ou achetée avec le profit d’usage, il est satisfait et ne se préoccupe pas de ce qu’il advient ensuite de la marchandise et de son acheteur. Il en va de même des effets naturels de ces actions. […] Vis-à-vis de la nature comme de la société, on ne considère principalement, dans le mode de production actuel, que le résultat le plus proche, le plus tangible ; et on s’étonne encore que les conséquences lointaines des actions visant ce résultat immédiat soient tout autres, le plus souvent tout à fait opposées… (Friedrich Engels, Dialectique de la nature, 1883)

Quid de la valeur de la nature ?

Tout ceci est bien théorique. Mais quel rapport avec la nature ?

Les matières premières se présentent au capitalisme comme gratuites, il ne paie rien pour en disposer. Pourtant c’est bien la nature qui est à l’origine de la majeure partie de la valeur, l’être humain ne produit pas de bois, il peut planter des arbres, les découper et en faire des objets mais la production du bois en elle-même est l’œuvre de la nature. Il en va de même pour l’énergie, on ne « produit » pas de l’énergie, c’est un abus de langage et c’est physiquement impossible, on ne fait qu’en changer la forme. Et cette valeur gratuite pour le capitaliste implique que la seule valeur prise en compte dans les échanges capitalistes et qui forme donc la valeur d’échange, est la valeur du travail humain.

Dans la mesure où, si la nature constitue bien en ce sens l’un des deux facteurs de la majeure partie des procès de travail [du processus de production de la marchandise], l’autre étant la force humaine de travail, seule cette dernière […] intervient dans le procès de valorisation : si la nature est facteur de valeurs d’usage et donc de richesse sociale, elle n’est pas pour autant facteur de valeur [d’échange], qui est la forme spécifiquement et exclusivement capitaliste de cette richesse. (Alain Bihr, L’écocide capitaliste, Syllepse éditions, février 2026)

Cette valeur, apportée par la nature, n’est pas comptabilisée dans le capitalisme industriel qui produit la marchandise, et l’est encore moins dans le capitalisme commercial qui se contente de faire circuler la marchandise ou le capitalisme financier qui ne fait que circuler l’argent.

En ce sens le capitaliste qui cherche à reproduire son capital en l’augmentant ne se soucie pas de la reproduction des ressources naturelles qui sont nécessaires à la production. « Après moi le déluge ! » est la devise de la bourgeoisie. Lorsqu’il épuise géographiquement une ressource il va la chercher ailleurs, c’est d’ailleurs l’une des raisons des guerres. Si la ressource a totalement disparu le capital accumulé va s’investir dans un autre secteur et recommencer.

J’ai parlé de la nécessité d’accroitre la vitesse du cycle production pour les capitalistes, c’est cette accélération qui explique notamment l’appauvrissement des sols par l’intensification des cycles agricoles par exemple.

La question de l’énergie

Comme tout être vivant, l’être humain puise dans son environnement ce qui est nécessaire à sa subsistance. La matière qui l’y prélève n’étant pas directement consommable, il lui faut une certaine énergie pour la transformer.

L’homme ne peut pas procéder autrement que la nature elle-même, c’est-à-dire il ne fait que changer la forme des matières. (Karl Marx, Le Capital, livre premier, section I, chapitre I, 1867)

Aussi les sociétés humaines et leurs productions énergétiques ont évolué ensemble, chaque changement des premiers modifiant les secondes et inversement. Utilisant d’abord sa propre énergie corporelle, puis la traction animale, le bois, l’eau, le soleil, le vent principalement. Jusqu’à il y a 300 ans, les sociétés humaines utilisaient presque exclusivement des énergies renouvelables donc, mais avec une population de moins d’un milliard d’individus, une espérance de vie inférieure à 40 ans et énormément de travail agricole (3/4 de la population). Il y a deux cents ans, de nouvelles machines sont apparues basées sur une énergie à la fois puissante, stockable et capable d’usage continu, les énergies « fossiles ».

Ainsi, un terrassier pelletant 12 fois par minute pendant huit heures, chaque pelletée ayant une masse de 3 kg et montant d’un mètre, ne produit que 0,05 kWh d’énergie mécanique avec ses bras. Un randonneur de 70 kg chargé d’un sac de 30 kg et montant 1 800 m de dénivelé ne produit que 0,5 kWh d’énergie mécanique avec ses jambes. Par comparaison, l’énergie libérée par la combustion de 1 litre d’essence est d’environ 10 kWh. Un moteur, ayant une efficacité de 25 %, transforme cette énergie en 2,5 kWh d’énergie mécanique utilisable : c’est l’équivalent de 50 terrassiers ou de 5 randonneurs. (Roland Lehoucq, Le Monde, 29 janvier 2018)

Le capitalisme a donc trouvé là un moyen d’accroitre considérablement l’exploitation de la force de travail. Bien évidemment cette abondance d’énergie peu chère a conduit à la situation que nous connaissons, les capitalistes seuls ayant la main sur la production et n’étant conduit que par leur recherche du profit.

Une société socialiste chercherait elle à minimiser les nuisances environnementales pour répondre au besoin de la société et ce en se basant sur des données scientifiques.

65 % de la consommation d’énergie finale dans le monde se fait sous la forme d’énergie fossile et 20 % sous la forme électrique, elle-même produite à 62 % par du fossile. En France, la part de l’énergie fossile dans la consommation finale est similaire (63 %) en revanche la particularité du parc nucléaire fait que les énergies fossiles ne comptent que 8 % du mix électrique. Aucune raison de crier cocorico, mais ce que cela illustre c’est que les énergies décarbonées (renouvelables et nucléaire) n’interviennent que peu en dehors de sa forme électrique. D’où la nécessité d’électrifier au maximum la société.

Le tableau ci-dessous montre combien de grammes de CO2 sont émis pour la production de 1kWh pour chaque filière énergétique en France, en prenant en compte l’ensemble de leurs cycles de vie. Les chiffres sont de l’ADEME pour l’année 2023.

Les chiffres peuvent varier en fonction des sources et surtout en fonction des pays car une partie de ces émissions est liée à la manière dont l’électricité est produite. La catastrophe climatique que nous connaissons condamne évidemment l’utilisation des énergies « fossiles ».

Quelles sont les alternatives ?

  • La biomasse (qui se situe entre l’éolien et le photovoltaïque en termes d’émission) ne peut compenser les énergies fossiles. L’augmentation de la consommation de bois pose des problèmes de régénérations des forêts, Les biocarburants ont un rendement très mauvais, nécessitent de grandes monocultures et entrent en concurrence avec la production agricole alimentaire.
  • L’énergie hydraulique est très intéressante, mais la plupart des sites possibles sont déjà utilisés. De nouvelles installations irraisonnées peuvent impacter la gestion de l’eau et menacer des populations.
  • La géothermie n’est pertinente que dans certaines régions où la chaleur du magma affleure sous la croute terrestre. C’est le cas notamment de l’Islande.
  • L’éolien et le solaire peuvent compenser une partie de la production énergétique fossile, mais leur intermittence fait qu’elles ne peuvent couvrir l’ensemble des besoins. Elles ont une emprise au sol, la quantité de métaux ou de béton par unité d’énergie produite bien plus importante que le nucléaire par exemple, ce qui en limite l’intérêt. Il faut également prendre en compte l’évolution du climat pour ces deux technologies, le GIEC explique que la vitesse moyenne du vent pourrait baisser de 6 à 8 % en Europe d’ici 2050 et même jusqu’à 10 % à horizon 2010 (en 2021 parlait même d’une tendance mondiale). La production électrique des éoliennes varie selon le cube de la vitesse du vent, aussi une baisse de 10 % de la vitesse du vent induit une baisse de 27 % de la production électrique éolienne. Sur l’année, le solaire ne produit pas la moitié du temps et l’éolien dépend des conditions climatiques, il ne produit pas lorsque la vitesse du vent est en dessous de 14 km/h et s’arrête au-dessus de 90 km/h. Il serait envisageable de partager la production entre pays, mais il arrive fréquemment qu’un anticyclone provoque une absence de vent sur l’ensemble d’un continent. Une autre solution envisagée est le stockage, mais là encore, les batteries sont inenvisageables à l’échelle d’une société et les technologies ayant un bon rendement comme les stations de transfert d’énergie par pompage (environ 80 %) nécessitent des retenues d’eau importante entrant en concurrence avec les autres usages de la ressource et sont impossibles dans les endroits qui connaissent déjà des pénuries. La production d’hydrogène à partir des énergies renouvelables et son stockage pour pallier l’intermittence, par électrolyse ou autre technique est elle-même très gourmande en énergie et ne satisfait pas aux conditions de rentabilité du capitalisme.

Ce ne sont pas les technologies en elles-mêmes qui sauveront l’humanité, c’est seulement l’utilisation et le développement de toutes ces technologies dans le cadre d’une société socialiste qui peut y parvenir.

Il faut prendre en compte toutes ces considérations dans le calcul des bénéfices de chaque technologie. Plusieurs d’entre-elles sont donc envisageables dans l’avenir mais ne pourront à elles seules répondre aux besoins des sociétés humaines. L’hypothèse d’une lutte contre le changement climatique sans énergie nucléaire est peu crédible.

Une énergie concentrée requiert peu de surface et peu de matériaux pour l’extraire. Il y a autant d’énergie dans un kilo d’uranium que dans 23 tonnes de charbon ou 10 tonnes de pétrole. Le combustible demande donc moins de ressources pour être extrait ou transporté. Ensuite, les centrales elles-mêmes occupent une surface au sol bien plus faible que les énergies renouvelables, qui sont intrinsèquement peu concentrées ; elles sont économes en matériaux, tels que le béton, l’acier ou le cuivre et, même si un réacteur en nécessite de très grandes quantités, rapportées à l’énergie produite, elles sont beaucoup plus réduites que celles nécessaires pour extraire les énergies renouvelables. (François-Marie Bréhon, Réchauffement climatique, HumenSciences, 2020, p. 150)

En finir avec le capitalisme

La concurrence consubstantielle au capitalisme entraine la nécessite impérieuse pour chaque État, de faire en sorte que son capitalisme produise à moindre cout que son concurrent. Aussi aucune promesse ou réforme écologique concédée dans une optique électoraliste ne peut aboutir. Tôt ou tard les capitalistes obtiennent le retrait de ce qui constitue un cout pour lui ou son État. C’est ainsi que les maigres promesses d’Obama ou de Biden, non appliquées durant leurs mandats ont sauté sous Trump. Les annonces Macron en faveur du climat ont été oubliées et les capitalistes de l’agriculture notamment ont obtenu des concessions funestes à l’environnement et en réclament encore.

Cette concurrence des capitalistes entraine également une course aux ressources et aux débouchés qui se matérialisent par des guerres. Au-delà des montagnes de cadavres que cela draine, l’impact environnemental de ces guerres est monumental. La pollution des sols par des métaux lourds, la pollution de l’air et de l’eau sont les conséquences indirectes des bombardements. Les 2 000 essais de bombes nucléaires n’ont pas été neutres pour la planète. La destruction des forêts vietnamiennes par l’impérialisme américain se fait sentir encore aujourd’hui. La militarisation du monde fait pression sur les ressources et est exempte de tout verbiage sur la production verte.

Concernant les économies d’énergie, elles sont contradictoires avec le maintien du capitalisme car celui-ci cherche au contraire à augmenter le cycle de production pour multiplier son profit, seule une société dirigée par les travailleurs eux-mêmes serait à même de sabrer dans les productions inutiles, le luxe, la publicité, l’armement… Une baisse de la production est non seulement incompatible avec le capitalisme mais ne pourrait se faire que contre la plus grande partie de l’humanité, celle qui ne dispose que de son travail pour vivre.

De toute façon, ce sera l’affaire de ces générations de décider si, quand et comment elles voudront le faire, et quels moyens elles entendront employer à cet effet. Je ne me sens pas appelé à faire des propositions ou à donner des conseils à ce propos. Alors les humains seront certainement pour le moins aussi intelligents que nous. (Friedrich Engels, Critique du principe de la population de Malthus)

La gestion des déchets non plus ne trouvera pas de solution dans la société actuelle, elle est peu voire pas rentable. Une grande partie des déchets actuels est soit jetée sans traitement soit incinérée. La « gestion » actuelle de beaucoup de déchets polluants traduit le caractère impérialiste des principales économies. Ils sont envoyés dans des pays dominés pour être traités dans des conditions sociales et environnementales catastrophiques. Ces mêmes pays accueillent déjà les industries les plus polluantes des impérialistes. Ceci illustre à nouveau le caractère illusoire de chercher des solutions environnementales dans un monde divisé en nation concurrente et donc dans le capitalisme. Ce problème ne peut avoir de réponse que dans une coopération des travailleurs à l’échelle mondiale, c’est-à-dire le socialisme.

Pour un certain nombre d’écologistes, les problèmes environnementaux sont liés à la croissance économique et démographique. La solution s’en trouverait donc évidemment dans une décroissance économique et une baisse de la population. Le sous-entendu de cette thèse est que ces croissances ne connaitraient pas de limite, ce qui est faux. Les guerres militaires et commerciales démontrent que les différents pays capitalistes se disputent une source de profits qui n’est pas illimitée. De plus le taux de croissance de la population mondiale diminue depuis la fin des années 60 et la population mondiale pourrait se stabiliser au début du siècle prochain selon l’ONU, à un peu plus de 10 milliards d’individus.

G.Pison, Population & Sociétés, n°482, Ined, octobre 2011 (source : Nations unies)

Le manque de ressources pour satisfaire l’humanité est lui aussi contesté par les chiffres, en deux siècles, la population a été multipliée par 7 tandis que dans le même temps la production agricole a, elle, été multipliée par 8. Cet exemple illustre que tout comme la pauvreté mondiale, les méfaits environnementaux ne sont pas liés à des limites planétaires mais au capitalisme dont ces écologistes ne pipent mot.

Parler de productivisme c’est oublier qu’aucune société ne produit pour produire, les capitalistes produisent pour en tirer du profit, si tel n’était pas le cas, ils s’abstiendraient. Dénoncer le productivisme, c’est condamner tous systèmes de production et donc toutes sociétés humaines, c’est masquer opportunément que le moteur du système capitaliste c’est la recherche du profit et donc la satisfaction d’une minorité d’exploiteurs en faisant porter la responsabilité à l’ensemble de l’humanité.

Qui plus est, souhaiter retourner à une population plus restreinte, à une production moindre sans changer le système de production, en maintenant la propriété privée, c’est-à-dire le capitalisme, aussi illusoire que cela puisse être, c’est en définitive rejouer le même disque qui nous a mené jusqu’ici et donc se confronter à terme aux mêmes inégalités et aux mêmes catastrophes écologiques. C’est ce que Marx appelait vouloir faire tourner la roue de l’histoire à l’envers.

De plus les problèmes écologiques n’étant en rien confinés par des frontières, leurs résolutions nécessitent fatalement des solutions mondiales incompatibles avec la division du monde en nations concurrentes. Consommer local plait fortement aux nationalistes mais ne répond pas nécessairement aux problèmes écologiques. Le cout carbone lié au transport du porc allemand consommé en Alsace est-il plus élevé que celui du porc breton ? Celui de la clémentine corse par rapport à la clémentine espagnole quand on est Lillois se discute également. Les conditions particulières de certaines régions prônent au contraire contre le localisme. Le faible cout carbone du transport en bateau par rapport à la culture sous serre chauffée argue en faveur du zonage géographique de certaines productions. Une banane des Antilles consommée en France émet moins de GES qu’une tomate cultivée sous serre aux Pays-Bas par exemple. La décarbonation du fret (bateau, train) permettrait de profiter des conditions météorologiques des différentes régions et donc de s’épargner des couts énergétiques liés à des productions pas adaptées. N’en déplaise au nationalisme bourgeois ou au chauvinisme des réformistes, la solution ne sera pas dans le repli national et l’isolationnisme mais dans la coopération mondiale des producteurs librement associés, c’est-à-dire le socialisme.

Pour le socialisme

Les problèmes écologiques ne connaissant pas de frontière, lutter contre leurs causes nécessite d’être internationaliste et de condamner ceux qui se bornent aux frontières du nationalisme. Il n’y a pas d’écologie dans un seul pays.

Dans le capitalisme, c’est la logique de la production de valeur d’échange qui domine la production de valeurs d’usage, alors que dans le socialisme, c’est la logique de la valeur d’usage qui gouverne le système.

Elle (la société socialiste) aura à dresser le plan de production d’après les moyens de production, dont font tout spécialement partie les forces de travail. Ce sont, en fin de compte les effets utiles des divers objets d’usage, pris entre eux et par rapport aux quantités de travail nécessaires à leur production qui détermineront le plan. Les gens règleront tout très simplement, sans intervention de la fameuse « valeur ». (Friedrich Engels, Anti-Dühring, 1878)

La disparition de la biodiversité, le réchauffement climatique, les pollutions marines, aériennes ou terrestres ont les mêmes causes que l’exploitation, la misère et la guerre. Ces problèmes ne feront que s’accroitre tant que perdurera le système capitaliste. Mais pour s’en débarrasser, il faut que la seule classe en mesure de faire la révolution socialiste mondiale, celles des travailleurs, s’organise, se dote d’un programme, d’un parti et renverse le capitalisme.

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